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Mali, 25 avril 2026 : derrière les attaques, les vraies raisons d’un séisme sécuritaire annoncé

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Mali, 25 avril 2026 : derrière les attaques, les vraies raisons d’un séisme sécuritaire annoncé

Une offensive sans précédent dans l’histoire du conflit malien

Au petit matin du 25 avril 2026, une salve d’explosions a soufflé les certitudes d’une junte qui se croyait installée. En quelques heures, le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé l’offensive la plus coordonnée de toute l’histoire du conflit malien — frappant simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. Ni l’armée nationale ni Africa Corps n’ont anticipé l’ampleur de l’assaut.

Ces attaques coordonnées ne constituent pas une escalade isolée, mais sont plutôt la manifestation la plus récente d’une trajectoire sécuritaire en détérioration constante. Pour comprendre ce qui s’est réellement passé ce samedi, il faut aller au-delà des communiqués officiels et examiner les causes profondes de cette offensive.


1. Une alliance tactique inédite entre djihadistes et séparatistes

La première grande raison de cette offensive réside dans la convergence, jusqu’ici inédite à cette échelle, entre deux forces aux idéologies pourtant opposées.

Cette convergence repose avant tout sur l’existence d’adversaires communs : les autorités maliennes et leurs partenaires russes. Face à cette situation, l’alliance apparaît comme une stratégie pragmatique, fondée sur des intérêts immédiats plutôt que sur une vision idéologique partagée. Elle permet au FLA de renforcer ses capacités militaires grâce à l’expertise du GSIM, notamment en matière d’engins explosifs improvisés et de tactiques de combat. En retour, le GSIM bénéficie d’un ancrage territorial et d’une légitimité locale accrue dans certaines zones, facilitant son implantation et son influence.

La ville de Kidal est passée entièrement sous le contrôle du FLA et du GSIM, et selon le journal Libération, c’est la seule localité pour laquelle les insurgés ont annoncé leur intention de tenir leur position durablement


2. Un embargo préalable qui a fragilisé Bamako

Peu relayé dans la presse internationale, un facteur crucial a préparé le terrain de cette offensive.

Depuis le 3 septembre 2025, Bamako connaissait un embargo sur le carburant, les vivres et les marchandises, le GSIM ayant bloqué certains axes routiers importants du pays. Pendant plusieurs mois, la capitale a donc subi un étranglement économique et logistique progressif, affaiblissant les capacités de réaction de l’État et épuisant les populations civiles bien avant les attaques armées.


3. L’échec d’une stratégie purement militaire

Le Mali se positionne aujourd’hui parmi les armées les plus structurées et les plus puissantes de la sous-région, selon le rapport 2026 du Global Firepower qui le classe deuxième armée de la sous-région, après le Nigéria. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’opérationnalisation progressive d’une force conjointe témoignent d’une volonté de mutualiser les capacités sécuritaires entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cependant, ces évolutions ne suffisent pas à enrayer la dynamique du conflit.

La junte a misé sur la force brute et le partenariat avec les mercenaires du groupe Africa Corps (ex-Wagner), sans jamais traiter les causes politiques, sociales et économiques de l’insurrection. Comme le résume un analyste spécialiste du Sahel : ce qui se passe au Mali depuis ce samedi n’est pas une crise sécuritaire ordinaire. C’est le moment où une architecture de pouvoir fondée sur la force brute, la propagande souverainiste et l’externalisation vers des mercenaires montre ses limites les plus profondes


4. L’effondrement du renseignement et de la gouvernance

L’offensive était la conséquence prévisible d’années d’accumulation : État en retrait, sociétés fracturées, renseignement atrophié et biaisé, coopération régionale en miettes. Le ministre de la Défense Sadio Camara aurait été tué et le chef de la junte Goïta introuvable, signe d’un effondrement du renseignement humain.

Malgré les affirmations des autorités quant à des progrès dans la lutte contre les jihadistes, cette attaque rappelle la fragilité de la situation sécuritaire.


5. La rupture des alliances traditionnelles, un vide comblé par les groupes armés

Depuis 2022, le Mali a rompu ses alliances traditionnelles avec la France et ses partenaires européens, se tournant vers la Russie pour un soutien militaire et politique. Cette réorientation s’est accompagnée d’une série de décisions controversées, incluant l’expulsion de la mission de l’ONU (MINUSMA) et la dénonciation de l’accord de paix de 2015 avec les groupes indépendantistes du nord.

En chassant les forces françaises et onusiennes, la junte a créé un vide sécuritaire que ni l’armée nationale ni Africa Corps n’ont été en mesure de combler. Les groupes armés ont profité de ce désengagement pour étendre leur contrôle territorial et affiner leur coordination opérationnelle.


6. L’isolement diplomatique de Bamako

L’Alliance des États du Sahel s’est montrée discrète et n’a apporté aucun soutien explicite à Bamako. Selon Le Monde, les plus claires condamnations de l’offensive des djihadistes contre la junte sont venues des adversaires de celle-ci sur le plan géopolitique, notamment la CEDEAO. Un comble révélateur de la profondeur de l’isolement dans lequel la junte s’est enfermée.


Ce que les attaques révèlent : une faillite politique avant tout

Par leur coordination, leur extension géographique et leur capacité à atteindre des centres urbains majeurs tels que Bamako, Kati, Sévaré, Gao et Kidal, ces offensives marquent une nouvelle phase du conflit. Afriquinfos

Ces dernières années, les groupes islamistes militants au Mali ont étendu leur portée, augmenté leur coordination opérationnelle et intensifié leur pression sur les centres militaires, politiques et économiques clés du pays. Les populations civiles, elles, continuent de payer le prix fort : des civils, y compris des enfants, ont été tués et blessés lors des attaques à Bamako, Mopti, Gao, Kati et Kidal. Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique UNICEF France


Conclusion

Le 25 avril 2026 n’est pas une date tombée du ciel. C’est l’aboutissement logique d’une décennie de choix politiques catastrophiques : rejet du dialogue, ruptures diplomatiques précipitées, externalisation de la sécurité à des mercenaires, marginalisation des communautés du nord et du centre, et refus obstiné de toute solution politique négociée. Tant que Bamako n’adoptera pas une approche inclusive alliant sécurité, gouvernance et réconciliation nationale, aucune puissance militaire — russe ou autre — ne pourra garantir la stabilité du Mali.

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